Masson : « On a peur des tandémistes »

La Fédération française handisport (FFH) a mis les petits plats dans les grands pour accueillir les acteurs du sport pour handicapés pendant quatre jours à La Rochelle. Á cette occasion, le président de la FFH, Gérard Masson, est revenu pour nous, à l’issue de l’Assemblée Générale du 14 avril dernier, sur le dossier épineux de la Fédération française de cyclisme (FFC) concernant l’arrivée des coureurs tandémistes dans les courses valides. Il a également évoqué les Jeux Paralympiques de Londres avec l’objectif fou de décrocher seize médailles d’or l’été prochain dans la capitale britannique (29 août au 9 septembre).

Gérard Masson, président de la FFH à La Rochelle, le 14 avril 2012

Le président de la Fédération française handisport, Gérard Masson, s'attendait à voir plus de clubs représentés à l'Assemblée Générale de La Rochelle (D. Echelard). Crédit photo : D. Echelard

 

Pour quelles raisons avez-vous déplacé l’Assemblée Générale de la Fédération Française Handisport à La Rochelle ?

Gérard Masson. On a choisi La Rochelle car en novembre dernier, un Challenge national de sarbacane a eu lieu sur l’espace Encan. Ceux qui se sont rendus sur le lieu de cette épreuve, nous ont dit que c’était parfait et accessible. Aujourd’hui quand on regarde la structure hôtelière autour de l’Encan, quand on regarde la ville de La Rochelle, quand on regarde ce bâtiment, c’est parfaitement accessible. On a profité de l’idée de faire des journées nationales handisport pour regrouper sur un même lieu la commission médicale, la commission nationale des sports ainsi que l’Assemblée Générale. C’était également l’occasion pour les acteurs du sport et pour les personnes handicapées de se retrouver au même endroit.

Y-a-t-il d’autres candidatures en lice avec La Rochelle ? Dans le futur certaines villes pourraient organiser l’Assemblée Générale de la FFH ?

GM. Amiens était également sur les rangs. On espère que d’autres villes soient candidates. Notre souci ce n’est pas de choisir une ville mais qu’elle veuille bien se proposer par rapport aux besoins d’un hébergement accessibles pour les fauteuils roulants. Chaque fois que l’on fait une Assemblée Générale, il y a de nombreuses personnes en fauteuils. On ne peut pas les mettre à 25 ou 30 kilomètres du lieu de l’AG. Si on les fait si souvent à Paris, c’est en raison de notre résidence internationale qui nous offre un tel hébergement. Aujourd’hui, Lille et Villeneuve d’Ascq avec les hôtels Mercure qui proposent 350 chambres quasiment accessibles.

Quel bilan tirez-vous de ces premières journées nationales du handisport ?

GM. Tout d’abord, on s’est rendu compte que les gens avaient envie de discuter entre eux. Sur quatre jours, ils avaient le temps de se fixer des rendez-vous dans un cadre convivial. Lorsque l’Assemblée Générale se déroule à Paris, on n’a jamais le temps. A La Rochelle, le lieu était propice aux discussions. Ces échanges vont en amener d’autres et ceux qui étaient présents diront aux autres : « Tu n’es pas venu à La Rochelle, tu aurais pu voir comment cela s’est passé ». Mais ce qui me plairait, c’est d’avoir plus de clubs et d’associations représentés à l’AG. Aujourd’hui, je dois aller chercher ceux qui découvrent et ne connaissent pas ce qu’est le handisport.

« Pat McQuaid se retranche derrière son règlement »

Sur une épreuve cycliste, les organisateurs handisports sont obligés d’accueillir les coureurs de la Fédération française de cyclisme (FFC) alors que ce n’est pas le cas sur les courses valides. Comment l’expliquez-vous ?

GM. C’est un dossier très compliqué… Le problème vient de plus haut. C’est le Comité paralympique (IPC) qui a délégué à l’Union cycliste internationale (UCI) le sport pour les personnes handicapées. D’après l’article 5 du règlement de l’UCI, l’instance internationale ne reconnaît que la Fédération française de cyclisme (FFC). Mais la FFC s’inquiète beaucoup car elle est capable de prendre des coureurs simples mais incapable de gérer des tricycles ou des handbikes. Aujourd’hui elle a peur d’accueillir des tandémistes car s’il y a un accident, les compagnies d’assurances ne veulent pas les assurer. Elles sont livides car cela coûte une fortune.  Il ne faut pas oublier également que la FFC reste sur deux procès colossaux qui l’ont mis sur la paille. Les fonds propres de la Fédération avoisinent les 40 000 euros. Ils n’ont plus un sou. Ce n’est pas un dossier simple à régler.

Quelles solutions peuvent être apportées pour sortir de cette impasse ?

GM. J’ai écrit à Pat McQuaid (président de l’UCI). Mais ce dernier se retranche derrière son règlement. C’est très compliqué mais on va y arriver. Il ne faut pas être têtu et travailler ensemble. Cela se passe bien avec la Fédération française de cyclisme, c’est déjà pas mal.

Avec l’exemple de la FFC, qui ne sera qu’une seule Fédération, n’avez-vous pas peur de voir disparaître la Fédération française handisport ?

GM. Aujourd’hui, seule la Fédération française du sport adapté et la FFH ont la délégation du handicap. C’est à nous deux de partager un certain nombre de responsabilités, un certain nombre de choses avec les fédérations valides. Mais il est clair que l’expertise, c’est nous qui l’avons. Il est clair que le développement, c’est nous qui le connaissons. Demain, si on donne la totalité du sport pour handicape aux fédérations valides, les sportifs les plus handicapés vont disparaître.

« A quinze médailles, c’est bon, à seize, j’ouvre le champagne »

Avez-vous déjà les yeux tournés vers les Jeux Paralympiques de Londres ?

GM. On y est complétement. On a envoyé les premières listes et les qualifications se dérouleront en juillet. Aujourd’hui, on a 130 à 150 athlètes qui sont prêts à partir. On espère rentrer dans le top 10 car à Pékin en 2008, nous avions terminé à la 12e place avec douze médailles d’or. A Londres, on en vise seize. Cela paraît difficile mais ce n’est pas impossible.

Pensez-vous que les objectifs fixés par la FFH seront tenus ?

GM. Je ne vais pas leur dire de terminer à la quatorzième place. Les Jeux Paralympiques, c’est le summum pour les athlètes. A quinze médailles, c’est bon, à seize, j’ouvre le champagne (rires). Mais ils doivent y aller pour gagner. C’est à nous dirigeants de leur dire qu’ils sont les meilleurs. Il faudra décrocher une médaille dès le premier jour afin que l’équipe de France soit soudée et que les autres athlètes s’en inspirent. S’il y en a une le premier jour, il y en aura deux chaque jour…

Quels sont les chantiers à venir pour la FFH ?

GM. Il y en a plusieurs. Le premier concerne l’approche du milieu scolaire. Avec les nouvelles équipes gouvernementales et ministérielles, il faudra s’en rapprocher. Il faudra ensuite aller chercher les entreprises et les grandes associations afin d’accroître notre nombre de licenciés. S’il y a 140 000 enfants handicapés intégrés, il faut trouver des solutions pour aller les chercher. Il y a également les militaires estropiés sur les champs d’Afghanistan. J’ai rencontré le commissaire principal des armées chargé des sports, Louis Boyer, qui compte dans ses rangs 5 533 blessés de guerre. Mais il faut réussir à les recruter car notre mouvement sportif a besoin de plus d’adhérents.

Propos recueillis par Romain Beauvais, à La Rochelle (17).

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